La durée totale des engagements du Pacte Dutreil constitue souvent la première question que se posent les dirigeants découvrant ce dispositif. Entre l’engagement collectif, l’engagement individuel et la condition de direction, le calendrier complet s’étale sur plusieurs années et mérite d’être bien compris avant d’engager une démarche de transmission.
La durée totale minimale entre la prise du premier engagement et la libération complète des titres transmis s’élève à six ans, décomposés en deux phases successives. La première phase, l’engagement collectif de conservation, dure au minimum deux ans et doit en principe être prise avant la transmission elle-même, sauf application du mécanisme de l’engagement « réputé acquis » qui permet, sous conditions, de considérer cette phase comme automatiquement remplie sans formalité préalable.
La seconde phase, l’engagement individuel de conservation, débute à la fin de l’engagement collectif et dure quatre années supplémentaires pour chaque bénéficiaire de la transmission. C’est durant cette phase que chaque héritier ou donataire doit conserver personnellement les titres reçus, sans possibilité de les céder sauf exceptions légales limitées, sous peine de remise en cause de l’exonération pour sa seule part.
En parallèle de ces deux engagements de conservation, une condition de direction s’applique pendant les trois années suivant la date de la transmission elle-même (et non la fin des engagements de conservation) : l’un des signataires de l’engagement collectif, ou l’un des bénéficiaires ayant pris l’engagement individuel, doit exercer une fonction de direction dans la société pendant cette période de trois ans, cette condition se superposant donc partiellement avec le calendrier des engagements de conservation.
Lorsque le dirigeant détenait seul, depuis au moins deux ans avant la transmission, les seuils de détention requis et exerçait une fonction de direction, l’engagement collectif est considéré comme automatiquement rempli sans formalité préalable spécifique. Dans ce scénario, fréquent pour les entreprises familiales de longue date dirigées par un actionnaire majoritaire unique, le calendrier effectif se limite à l’engagement individuel de quatre ans à compter de la transmission elle-même, plus la condition de direction de trois ans à respecter en parallèle, réduisant ainsi la durée totale perçue par les bénéficiaires.
Lorsque cette condition n’est pas remplie (société détenue par plusieurs associés dès l’origine, ou détention par le donateur depuis moins de deux ans), l’engagement collectif doit être formellement souscrit et respecté pendant deux ans avant que ne débute la période d’engagement individuel de quatre années supplémentaires pour les bénéficiaires. Le calendrier total s’étend alors sur six années à compter de la signature de l’engagement collectif, ce qui suppose d’anticiper la démarche plusieurs années avant la transmission effectivement envisagée si l’on souhaite que celle-ci intervienne rapidement après la fin de l’engagement collectif.
Construire son propre calendrier de transmission suppose de partir de la date à laquelle on souhaite que l’opération produise ses pleins effets, puis de remonter dans le temps pour identifier la date à laquelle les démarches préparatoires doivent être engagées. Un dirigeant souhaitant transmettre son entreprise dans cinq ans, par exemple, et ne bénéficiant pas de l’engagement réputé acquis, doit idéalement faire signer l’engagement collectif dès maintenant pour que celui-ci soit arrivé à échéance au moment de la transmission envisagée, évitant ainsi tout délai supplémentaire entre la décision de transmettre et sa réalisation effective. Voici les repères essentiels pour construire ce calendrier.
Le décès de l’un des bénéficiaires pendant la période d’engagement individuel ne remet pas en cause, en principe, l’exonération obtenue, ses propres héritiers reprenant à leur charge l’engagement de conservation pour la durée restant à courir, sous réserve du respect des formalités de continuation prévues par les textes.
Une invalidité ou une incapacité empêchant le dirigeant en fonction de poursuivre son rôle peut, selon les circonstances et si elle intervient pour un motif reconnu comme un cas de force majeure, ne pas être sanctionnée de la même manière qu’une démission volontaire anticipée, mais cette appréciation reste au cas par cas et nécessite un examen attentif de la situation avec un conseil juridique.
Un changement de stratégie familiale en cours de route, par exemple lorsque l’enfant initialement désigné comme dirigeant renonce finalement à cette fonction, doit être anticipé en identifiant rapidement un autre signataire éligible pour reprendre le flambeau de la condition de direction, sans quoi l’exonération pourrait être remise en cause pour non-respect de cette condition sur l’ensemble de la période requise.
Cette dimension temporelle du Pacte Dutreil, souvent sous-estimée au moment de la transmission, justifie un suivi rigoureux dans la durée, bien après la signature de l’acte initial. Pour comprendre l’ensemble des conditions du dispositif, consultez notre guide complet du Pacte Dutreil, ainsi que notre page sur les risques de remise en cause.
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Le calendrier du Pacte Dutreil s’étale sur plusieurs années et mérite d’être anticipé avec précision. Retrouvez notre guide complet du dispositif ainsi que nos pages sur les risques de remise en cause et l’articulation avec une holding.